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Fongolimbi, voyage au « bout du monde »

A LA DECOUVERTE DE FONGOLIMBI
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Dans l’imaginaire populaire, Fongolimbi renvoie à une cité lointaine inaccessible.

Dans le souci de percer ce mythe, nos reporters sont allés à « Fongo », comme on dit là-bas. Une ville difficile d’accès, à un kilomètre de la frontière avec la Guinée Conakry. Mais, une zone au climat très doux, riche en produits forestiers, avec des populations accueillantes.
Fongolimbi. Au bout d’une montagne difficile à neuf virages, le village apparait, situé juste à 28 kilomètres de la commune de Kédougou. Vers les années 1970, les habitants de cette bourgade passaient près de deux jours de route pour rallier la ville, tel l’accès était quasi impossible et décourageant. Mais aujourd’hui, Fongolimbi, zone située à environ 1km de la frontière guinéenne, reste, en partie, victime de son histoire. Celle d’une localité jugée éloignée, jusqu’au « fin fond » du Sénégal oriental. Mais, de nos jours, le chemin est légèrement praticable. Même si des problèmes subsistent encore dans ce village fondé par un djallonké du nom de Sagnégné Niakhasso vers 1885. Une localité dont la force économique réside dans l’agriculture, les produits alimentaires et forestiers.
Ce bac ou ferry qui mène à « Fongo » vous rend timoré. Il semble si frugal pour supporter deux pick up. De surcroit, pour passer de l’autre côté, il faut participer à la corvée et tirer sur la corde. Deux minutes de douce galère et nous voilà sur cette piste. Direction Fongolimbi. C’est également le moment d’affluence des personnes désireuses de rallier la commune ou les villages situés derrière le fleuve. Après une heure de route qui sépare la commune de Kédougou de Fongolimbi, notre voiture arrive à bon port. Si dans le passé, voire de nos jours, dans les discours ou exemples, Fongolimbi est évoqué pour marquer l’éloignement ou l’enclavement, aujourd’hui, c’est surtout à cause du fleuve et un peu de la montagne qui se détériore et occasionne fréquemment des accidents mortels.
« L’accès est encore difficile, pénible, même si la route a été amadouée. Avant, la montagne nous causait énormément de problèmes », confie Saciré Camara, conseiller rural. Il se rappelle, tout comme le « vieux » Abdou Salam Diallo, des années 70 où les habitants de la localité étaient obligés de passer quasiment deux jours sur la route avant d’atteindre la commune. Toutefois, la montagne qui était un véritable casse-tête pour les populations de la localité, est devenue aujourd’hui plus accessible, notamment depuis 2 ans, grâce aux travaux de remblayage effectués sur place. N’empêche qu’elle reste encore difficile à escalader. Actuellement, le souci principal des populations reste « le pont pour la traversée du fleuve Gambie. Et depuis très longtemps, nous avons demandé un appui allant dans ce sens », soutient Sagnégné Niakhasso, le chef de village de Fongolimbi. Les habitants de cette localité restent, en outre, inquiets de la vétusté du bac qui assure la traversée du fleuve annuellement. Et ils gardent en mémoire « l’accident atroce qui a fait plus d’une vingtaine de victimes en 2003 avec deux camions guinéens en provenance de la Guinée Conakry qui avaient chaviré suite aux câbles du bac qui avaient lâché. Les câbles du bac, vous avez dû le constater, sont dégradés et les conditions de traversée à pirogue sont très difficiles et risquées en saison hivernale », précise Bacary Tigana, l’assistant communautaire. Si le bac n’assure la liaison que jusqu’à 19 heures chaque jour, en plein hivernage, la communauté rurale de Fongolimbi reste par moments coupée de la commune avec l’arrêt de sa circulation au moment des crues du fleuve alors que les chalands qui garantissent la traversée en cette période restent eux aussi bloqués deux à trois jours durant. Mais les difficultés de cette localité ne se limitent pas là.
L’EAU, UNE DENREE RARE DANS LA LOCALITE
Cette contrée du sud-est du Sénégal souffre d’un problème crucial lié à l’accès à l’eau. « Nous n’avons pas de puits, ni de forages. Nous avons un seul château d’eau qui a un débit très bas et qui est relié seulement à trois robinets. De nombreux quartiers n’ont pas accès à ce château d’eau, faute d’extension, et de nombreuses personnes ont déménagé à cause du problème hydrique. Beaucoup de forages construits à coût de millions sont aussi tombés en panne à cause des matériaux défectueux », avance l’assistant communautaire. Ici, le problème réside au niveau de la nappe phréatique avec des poches d’eau temporaires et qui tarissent vite sous le poids de la demande. Autre problème, le manque d’espace pour la pratique de l’agriculture, compte tenu de la présence des roches dans la localité, alors que la terre est pour la plupart non arable, sans parler de la présence massive d’élévations et de montagnes. Un relief très accidenté « qui constitue une entrave à l’investissement des bailleurs dans la zone. La construction de l’hôtel communautaire a été stoppé du fait d’un manque de sable alors que les chauffeurs sont même réticents pour effectuer des voyages ici à cause de la montagne », ajoute Bacary Tigana.
Ce frein au développement du transport dans la zone entraîne la détérioration de fruits, tels que les mangues dont les plantations sont très abondantes dans la zone. Une zone au climat très doux et très riche aussi en produits forestiers (pain de singe, tamarin, mad…). Fongolimbi ne peut compter que sur son « louma » (marché hebdomadaire) qui se déroule tous les jeudis pour espérer évacuer tant soit peu certains de ses produits alimentaires et forestiers. Ce qui occasionne souvent des accidents sur la route du fait des surcharges, compte tenu du manque de moyens de transport et de la volonté de chacun de transporter le maximum de paquetages. Tout au plus, Fongo, comme on aime à le dire souvent dans les coins, vit d’autres problèmes d’ordre éducatif, sanitaire et énergétique.

EDUCATION, ELECTRIFICATION, SANTE…
Dans la communauté rurale de Fongolimbi, dont la population, composée de peulh et djallonké, est estimée à 5726 habitants au dernier recensement de 2010, le taux d’achèvement de scolarité des filles reste très faible au collège érigé en 2004. « Beaucoup de filles vont à l’école, mais peu achèvent leurs études, contrairement aux garçons. C’est à cause des mariages précoces ou forcés, et du fait de la distance qu’elles parcourent, par exemple, pour venir au collège », argue Bacary. Elles quittent leurs villages respectifs de Sodioré, Toumanya, Koboye, Marougou… et font jusqu’à une dizaine de kilomètres pour venir apprendre à « Fongo » centre, faute de tuteur, ni de centres d’accueil sur place. A ce jour, on dénombre une douzaine d’écoles élémentaires dans la communauté rurale et un collège à Fongolimbi qui ne dispose pas encore de courant continue, soit 8 heures par jour. Sans parler de l’absence de l’éclairage public. L’autre préoccupation des populations de cette localité, c’est l’absence d’ambulance pour les cas d’urgence et d’une maternité au seul poste de santé. Mais les populations peuvent compter sur « le dynamisme et l’engagement social de l’actuel sous-préfet » qui les accompagne dans cet élan, comme l’ont témoigné la plupart des habitants. La localité, devenue arrondissement du département de Kédougou, a connu, à cet effet, depuis 1982, dix (10) sous-préfets. Le premier chef d’arrondissement, parmi les sept (7) qui ont siégé sur place, remonte à 1960. L’ouverture de la route Kédougou-Fongolimbi a été procédée en 1945, cinq (5) ans après la création de la première école.
Un potentiel économique encore inexploité
Le « louma » de Fongolimbi note, chaque jeudi, la présence d’un nombre impressionnant de personnes des pays voisins de la Guinée Conakry, du Mali et du Sénégal. Si en saison des pluies il est moins fréquenté à cause du problème d’accès à la zone, il reste tout de même le lieu de commercialisation des produits forestiers, maraîchers, agricoles et cela, toutes les semaines. Surtout en saison sèche. Dans cette localité fondée par les Djallounkés qui cohabitent avec les Peulhs qui s’y sont installés depuis 1933, les femmes concentrent la culture du fonio, de l’arachide et du maïs. Les hommes étant occupés par la culture du mil. Elles exploitent aussi les produits forestiers, tels que le madd et le pain de singe, qu’elles transportent à Kédougou à pieds pour la vente, faute de moyens de locomotions. La localité regorge, en outre, d’importants sites touristiques, à l’image des cascades de Lombel, de Wassaya, de Toumanya, de Kounsy ou des roches à la forme humaine à Marougou… Des sites qui ne créent pas encore l’attraction des touristiques du fait du problème d’accès de la localité. Les jeunes de cette contrée, confrontés à un véritable problème de chômage et de qualification, réclament des financements pour la transformation ou la commercialisation des produits forestiers.

A Fongolimbi, connu des présidents Senghor et Diouf qui ont eu à y faire des déplacements, les populations mènent une cohabitation harmonieuse avec leurs voisins de la Guinée. Elles demandent aux autorités de réaliser des châteaux d’eau, des forages, de grands puits, et de procéder à des additions d’eau par une bonne prospection pour trouver des nappes appropriées afin de mettre fin à leur calvaire quotidien lié au manque d’eau. Les populations, soucieuses aussi de l’avenir de leurs enfants, appellent à la création d’un lycée sur place pour promouvoir surtout le taux d’achèvement des filles « qui ont du mal à trouver des tuteurs » à la ville pour le cycle secondaire.

JANELLE KIBLER dite « MARIAMA NDIAYE », VOLONTAIRE DU CORPS DE LA PAIX : Une Américaine dans l’univers de Fongo
On a eu du bol de tomber sur une réunion des chefs de village à Fongolimbi, mais également de croiser Mariama Ndiaye, une volontaire du Corps de la Paix américain. Cette spécialiste en santé conseille les populations de la zone enclavée sur les actes basiques à adopter pour se prémunir des maladies diarrhéiques, du paludisme…
Plein d’allant (elle est venue en vélo) et de ressources, Mariama Ndiaye converse avec toutes les personnes qui lui tombent sous la main. Un conseiller, une assistante, un autre commis de la sous-préfecture, tout y passe. L’essentiel pour elle, c’est de mettre à l’aise son interlocuteur. Et il faut le reconnaître, Mariama le fait admirablement bien. Deux mois de cours et elle parle si bien peulh. Une véritable prouesse pour Mariama Ndiaye qui s’est perfectionnée à Thiès avant de rejoindre Fongolimbi afin de conseiller les populations sur tout ce qui touche à la prévention de certaines maladies. Avant, elle n’avait jamais entendu parler de cette localité, synonyme d’éloignement pour bon nombre de Sénégalais.

Néanmoins, pour parler avec Mariama Ndiaye, il a fallu recourir aux compétences de la secrétaire du sous-préfet. Cette interface, très taquine du reste, est parvenue à faire parler cette originaire de la Caroline du Sud. Yeux bleu azure, posture élancée, le geste large, elle vous met rapidement à l’aise. Dans un Peul teinté parfois d’anglais, elle évoque avec quelques gestes sa vie et surtout l’accueil dont il bénéficié dans ce lointain patelin de Fongolimbi. « Les gens son adorables et m’ont mise à l’aise. Et le plus important, au niveau du centre santé, des mécanismes sont mis en œuvre pour guider les populations et les résultats sont plutôt satisfaisants », confie Mariama Ndiaye.
La volontaire, qui étudie la biologie au Medical College of charlton university (Musa), en Caroline du Sud, a encore deux ans à passer dans cette localité dont elle juge « l’accès très difficile et qui manque d’atouts pour se développer ». Malgré tout, elle est tombée amoureuse de « Fongo », du riz au poisson ou « Thiébou Dieune ». Et encore plus « de cette ambiance conviviale avec des gens d’un abord très facile dans ce village ».
Son job à elle consiste à aider les populations en les sensibilisant dans la lutte contre certains fléaux dans le village.

Mariama Ndiaye note que les écueils majeurs, outre l’accessibilité, demeure les problèmes liés au paludisme, à la malnutrition et à la diarrhée dont sont victimes les enfants. Pour l’instant, elle est consciente du chemin à parcourir pour éradiquer ces maladies. Mais « rien n’est impossible, il faut juste de l’engagement », consent-elle à dire. Pour elle, cette localité est très attrayante. Car, de son propos, si Paris vaut bien une messe, comme le dit l’adage, « Fongolimbi vaut bien un détour ».

Le village d’Itato, un ancien marché aux esclaves
A l’époque, le village d’Itato était le point de convergence de marchands d’esclaves. Ils quittaient le Fouta Toro avec des marchandises pour venir les échanger contre de jeunes gaillards acheminés du Fouta Djallon et des autres contrées environnantes de la localité. Aujourd’hui, dans ce village dont l’histoire est peu connue, les principales activités sont l’agriculture et le maraîchage.
Situé à l’ouest, à plus d’une dizaine de kilomètres de la commune de Kédougou, le village d’Itato qui doit son appellation à un terme peulh dont le nom est significatif, « creuset de déportés», a abrité un marché d’esclaves à l’époque de la dynastie des Kaldouya. Ici se retrouvaient les différents acteurs du commerce des esclaves. « Ce sont les noirs eux-mêmes qui faisaient le troc. C’était du temps des Manga Sakou Woula, de Bala Contodji, de Bala Niamakou, bref, des Kaldouya. Cela date de très bien longtemps. On acheminait les captifs vers le Boundou ensuite vers le nord. Les esclaves venaient des profondeurs de la localité, du Fouta Djallon… » explique Moussa Diallo, notable du village.
Ceux qui tentaient de résister étaient les moins chanceux. Ils étaient simplement tués et jetés dans le « cambilouri ». Une caverne située à 1 kilomètre et demi à l’est du village, poursuit le vieux Moussa, âgé aujourd’hui de 100 ans. Aveugle, d’un ton posé et des yeux entrebâillés dans le vide, Moussa se rappelle de la difficile période du village, période durant laquelle ils ne vivaient que de cueillette, de chasse.

UNE HISTOIRE PEU CONNUE
« Il n’y avait pas de quoi manger. Il fallait faire trente kilomètres pour trouver un peu de céréale (fonio)» renchérit Kenda Camara, âgé de 88ans. Itato « est plus ancien que Kédougou. Et d’après les dires, c’était réellement un point de rencontre et de vente d’esclaves», témoigne aussi Mamadou Keita, ancien brigadier chef à la préfecture de Kédougou. A 77ans, il s’est installé dans le village, il y a de cela 41 ans.
« Personne ne sait quand est-ce que ce village a été créé. Seulement, on sait que les premiers habitants sont des Tandas (Bedicks) », rajoute le vieux Moussa. Itato reste alors une histoire sans réel impact, une histoire qui se détériore au fil des années car « même les chaines qui étaient présentes dans le « cambilouri et qui pouvait servir de preuve manifeste ont disparu maintenant. En 1998, elles étaient pourtant là, présentes. Nous avons tenté de les retrouver en vain en creusant par ci, par là en profondeur » soutiennent certains jeunes. Selon eux, on leur avait expliqué que ces chaines servaient à attacher les esclaves. Dans le site débordé par les herbes, des stigmates sont toujours présents. Pierres bien rangées à l’image des pourtours d’une mosquée, le vieux Kenda qui nous a conduit sur les lieux explique que « ça devrait servir de lieu de prière car c’était aussi à l’époque de Alpha Yaya. Mon grand père même ne sait pas quand est-ce qu’on a érigé cela ». Aujourd’hui, les jeunes tentent vaille que vaille de reconstituer l’histoire de leur village auprès des anciens et de la préserver.
Un village qui vit essentiellement de l’agriculture et du maraichage pratiqués au bord du fleuve distant d’un kilomètre du village. Activités qui occupent jeunes, femmes et hommes. Sur place, peulhs, bassaris et djakhankés vivent en parfaite harmonie. La localité dispose, à ce jour, d’une école élémentaire qui a été créée, il y a 6 ans et dont les salles de classes sont en construction cette année en lieu et place des abris provisoires qui servent encore de salles de classe.

lesoleil

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